Journal du 17 juillet 1939

Légende
en noir :
texte manuscrit original rédigé par J. Auboyer
en rouge (ou barré) :
corrections, par rapport au manuscrit original, portées par C. Marcel-Dubois et l’abbé Falc’hun en vue d’une publication
en vert :
informations données par l’éditeur
en bleu :
mention des photos par l’éditeur

Journée 03 / 17 juillet – Surzur Kerlann, Roz, Belle-Croix

Le matin, enregistrement [chant 8 (J. Lodého), 9 (J. Lodého), 10 (J. Lodého)] et photos chez Julien Lodého (photos 1 et 2) 75 ans, (dans la version dactylographiée, CMD note au crayon pour ce qui suit : "faut-il laisser ce passage?", l’abbé a répondu : "oui") père de cinq enfants filles dont une est morte cet hiver à l’asile, deux autres sont anormales (sourde, muette et à moitié aveugle). La dernière fille mariée à un Lodého d’Ambon, facteur à Lorient, a six enfants et tient actuellement le ménage de son père car la mère est morte il y a 28 ans ; elle a 37 ans. Une autre sœur est "innocente".

La ferme de Roz (photos 3 et 4) J. Lodého   est né et où il habite a brûlé deux fois l’incendie ayant été allumé les deux fois par le même individu, la première lorsqu’il était petit et qu’il jouait dans le paillier avec des allumettes, la deuxième à l’âge de 14 ans, alors qu’il était saoul. C’est un de leur voisin qu’ils estiment pourtant. Le deuxième incendie a eu lieu un jour de "boudins". J. Lodého chante souvent tout seul dans son lit pour se distraire ("même que c’est bien rasoir" apprécie la fille…). La fille comprend le breton mais ne veut pas le parler. Les petits enfants ne le comprennent pas mais obtiennent premier prix d’anglais, d’allemand et de latin à Lorient.

L’après-midi, de 14h30 à 18h, enregistrement [accordéon 9 (M. Le Gallic)] et photos chez Monsieur MarieGalic M. Mathurin Le Gallic(photos 5 et 6) et sa sœur, à Kerlann en Surzur. Il était sonneur d’accordéon autrefois, et il prenait 5 francs pour une journée ; il a un vieil accordéon ; film de son jeu ensemble et détails [séquence 2]. "Les poumons de son accordéon s’en vont" : le soufflet est coupé. Melle Le Gallic avait dansé le 16 au presbytère ; elle fait remarquer que ce jour là on n’a pas dansé une danse qu’on dansait autrefois aux noces : on faisait d’abord une ronde puis on se met par couples et les cavaliers échangent leur cavalière en se tapant dans le dos pour se prévenir ; brusquement la musique s’arrête et l’on est obligé de rester avec son cavalier. Souvent les musiciens connaissaient les préférences de chacun et se faisaient un malin plaisir d’arrêter leur jeu quand ils voyaient un couple mal assorti. Mme Mathurin Leray Le Ray et Mme Trévédic, de Croix de Belle [ou Belle Croix], viennent chanter chez les Le Gallic [chant 11 (J. Le Ray et C. Trévédic), 12 (J. Le Ray et C. Trévédic), 13 (J. Le Ray et C. Trévédic), 14 (J. Le Ray et C. Trévédic), 14 bis (J. Le Ray ?), 15 (M. Le Gallic), 16 (M. Le Gallic), 17 (J. Le Ray), 18 (J. Le Ray), 19 (J. Le Ray)] ; elles expriment ont exprimé leur plaisir qu’elles ont pris à danser la veille au presbytère et de chanter en breton. Elles évoquent le jeu du chapelet qui se jouait autrefois : on se rangeait en deux files face à face et on cachait dans une des mains un chapelet ; celui qui cherchait était entre les deux files et devait deviner où il était. S’il se trompait, les joueurs le frappaient avec leur mouchoir noué comme des cordes ; pour éviter les coups, le joueur ayant échoué courait entre les deux files en se courbant.

Mmes Leray Le Ray, Trévédic (photo 7) et Melle Le Gallic expriment leur satisfaction d’avoir dansé la veille et disent qu’elles ont passé une bonne journée.

Après le dîner, longue conversation avec Mme Le Gallnotre aubergiste : une de ses nièces doit se marier le 25 juillet et nous lui demandons si la noce se fera à la mode bretonne ; à cette occasion,nous engageons la conversation sur les noces. Mme Le Gallnous décrit les noces d’autrefois indique alors les faits suivants  : il y avait d’abord "la défense de la mariée" puis le mariage à l’église, ensuite on va à la chapelle de la Vierge faire une offrande d’argent ; à la sortie de la chapelle, un homme de la noce se précipite sur la mariée, la sépare de son mari et l’entraîne ; ils vont danser tous les deux devant tous les débits. Le marié ne peut rentrer en possession de sa femme qu’en payant quelque chose (5 f…) à celui qui la lui a prise. Ensuite la noce va au repas qui a lieu dans un pré ; on y mange une soupe, trois plats de bœuf (toujours et exclusivement du bœuf) et le gâteau de la mariée qui le distribue elle-même (c’est un quatre-quart) ; le tout arrosé de cidre. Puis on danse. Après cela la noce conduit la mariée chez elle et on lui chante à l’intérieur de sa nouvelle demeure des chansons se rapportant à son changement de vie.

A cette chapelle, ce sont les "choristes" ou enfants de chœur qui sonnent la cloche et en passant devant la chapelle chacun leur donne une pièce de monnaie.

Ensuite on fait la soupe au lait (lait poivré), même si les mariés sont déjà couchés, en tous cas à un moment où ils sont censés ne pas s’y attendre. Mme Le Gall dit qu’on ne l’a faite à aucune des noces de ses sœurs ni à la sienne "car sa mère ne l’aurait pas permis" mais qu’actuellement on le fait toujours.

La mariée se mariait autrefois en costume : elle portait sa couronne qui, il y a environ 25 ans, était munie de deux longs pans qui descendaient dans le dos jusqu’aux hanches (photos 8 et 9), est maintenant ornée de deux petits pans ; mais les mariées sont de plus en plus en costume de mariées des villes ; elles portent néanmoins leur couronne. On remarquera que l’évolution de la couronne est analogue à celle de la coiffe : dans la couronne, en une vingtaine d’années, les deux pans ont raccourci jusqu’à presque disparaître ; dans la coiffe, c’est la taille générale qui a diminué énormément : c’est ainsi que les vieilles actuelles qui ont conservé la vieille coiffe la portent leur arrivant au lobe de l’oreille tandis que les jeunes actuelles la portent plus petite : elle se tient plus horizontale que l’autre. Il faut donc en conclure que la mode existe aussi dans les costumes paysans. La mariée d’il y a 25 ans portait son bouquet de fleurs d’oranger muni de longs pans sur un des côtés du corsage et les pans tombaient jusqu’aux cuisses ; actuellement elle le porte en sautoir.

On fabrique un immense bouquet (photo 10) avec un petit pin ou une grande branche ; on l’orne de fleurs et de rubans et on le dispose à un bout de la table du banquet.

Lieux
  • Belle-Croix en Surzur
  • Kerlann en Surzur
  • Roz en Surzur
  • Surzur
Galerie
  1. M. Julien Lodého de face ; 17 juillet à 11h30 ; Surzur ; Roz ; [photo originale 64]
  2. M. Julien Lodého de profil ; 17 juillet à 11h30 ; Surzur ; Roz ; [photo originale 65]
  3. maison de M. Julien Lodého ; 17 juillet à 10h ; Surzur ; Roz ; [photo originale 62]
  4. lit de M. Julien Lodého avec coffre à provisions ; 17 juillet à 10h ; Surzur ; Roz ; [photo originale 63]
  5. Monsieur Mathurin Le Gallic jouant de l’accordéon ; 17 juillet à 15h ; Surzur ; Kerlann ; [photo originale 67]
  6. la maison de Monsieur Mathurin Le Gallic ; 17 juillet à 17h15 ; Surzur ; Kerlann ; [photo originale 66]
  7. Mme Cécile Trévédic sortant de chez M. Le Gallic ; 17 juillet à 17h10 ; Surzur ; Kerlann ; [photo originale 68]
  8. couronne de mariée de Mme Jeanne-Marie Le Gall ; le diadème, les pans, le bouquet de corsage ; 24 juillet à 21h15 ; Surzur ; chez Mme Pierre ; [photo originale 16]
  9. couronne de mariée de Mme Jeanne-Marie Le Gall ; le diadème, les pans, le bouquet de corsage ; 24 juillet à 21h15 ; Surzur ; chez Mme Pierre ; [photo originale 17]
  10. noce de Thérèse Jégo ; bouquet de la mariée planté à côté de la table d’honneur seule recouverte d’une nappe ; 25 juillet à 13h ; Surzur ; pré de Mme Jégo ; [photo originale 55]

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