Journée 11 / 25 juillet – Surzur
Aujourd’hui la journée a été consacrée à la noce de Thérèse Jégo à laquelle nous avons été invités. A 8h au soleil, le marié (un sous-officier en Tunisie) et les invités du marié (de la Trinité Surzur) sont arrivés en car ; le capot supportait le bouquet de mariage offert au marié par ceux de la Trinité ; ce bouquet a été placé à la barrière du pré (photo 1), bien que cela ne se fasse jamais et à l’étonnement désapprobateur de ceux de la Trinité.
Aussitôt leur arrivée on leur offre un casse-croûte dans le débit voisin. Puis a eu lieu la dispute de la mariée ; malheureusement, tandis que la fille d’honneur et les autres femmes gardaient les fenêtres et la porte du côté de la route, le gars d’honneur et les hommes envahissaient la salle où se trouvait la mariée par la porte donnant sur le fond : il n’y eu pas de dispute ni de bousculade mais le principe fut observé.
Vers 8h30, les hommes de la noce (parmi lesquels MM. Pierre et Le Gall, photos 2 et 3, époux des deux sœurs Jégo, tantes de la mariée) se sont rendus par petits groupes dans le pré où les cuisinières et les bouchers cassaient la croûte ; on leur a servi la fricassée avec des bolées. Nous y avons été conviées également. Le couvert n’était pas encore mis mais les marmites étaient déjà en action, le feu allumé dans la tranchée.
Vers 9 h le mariage à la mairie a eu lieu puis immédiatement après à l’église (photos 4 à 7) ; c’était un cousin germain de la mariée qui officiait.
Après le mariage à l’église, le cortège s’est rendu à la chapelle de la Vierge, la mariée en tête, au bras du gars d’honneur (photo 8).
Là, deux petits choristes sonnaient la cloche à toute volée ; les mariés montèrent les degrés de l’autel et le baisèrent l’un après l’autre, la mariée d’abord ; elle déposa ensuite le bouquet qu’elle tenait dans les bras au pied de l’autel. La fille et le gars d’honneur baisèrent l’autel après eux ; c’est sans doute tout ce qui reste de l’enlèvement de la mariée. Les gens de la noce pendant ce temps donnaient des sous aux sonneurs de cloche.
Dès sa sortie de la chapelle, la noce fut précédée d’un sonneur d’accordéon [M. Guenon, photo 9] et se mit à danser devant chaque débit du bourg des ridées, orsay (?), fox-trotts, javas, polkas (photos 10 à 17). Cela se prolongea jusqu’aux environs de midi et demie et les reconduisit à la maison de la mariée. Devant chaque débit la noce s’arrête et se met à danser pendant que seuls les mariés, les gens d’honneur et quelques autres entrent dans le débit ; ils y payent les consommations.
Le marié était en uniforme, la mariée en blanc comme à la ville mais la presque totalité des autres, hommes et femmes, étaient en costumes bretons.
Ensuite la noce se reforme quatre par quatre, les mariés et les gens d’honneur en tête et se dirige, précédé du sonneur, vers le pré du repas en dansant plusieurs pas en avant et plusieurs pas sur place avec deux lancés en avant. Ils font ainsi leur entrée dans le pré puis le tour de la table des mariés et cela s’arrête lorsque les mariés ont atteint leur place près du bouquet. Leur bout de table est le seul à être recouvert d’une nappe et à être servi de vin. Le menu se compose invariablement d’un bouillon de bœuf avec pain et de trois ragoûts de bœuf successifs accompagnés de légumes ; il y a ensuite du fromage. C’est le moment des compliments aux mariés : la fille d’honneur leur chante une petite chanson en français, un petit garçon a lu une poésie puis la sœur du marié, habillée en citadine mais ayant très bien dansé la ridée le matin, s’est levée et a chanté 3 couplets de sa composition sur l’air de "Ma Normandie" ; le texte dactylographié ci-après nous a été donné par une jeune fille de la noce (illustration 18 à 20).
La mariée s’est ensuite levée et est passée parmi les groupes offrant des petits gâteaux secs, trace du "gâteau de la mariée" de l’ancien temps (p. 6). A partir de ce moment là, la noce se lève et se dirige vers une autre partie du pré où est établie l’estrade du sonneur d’accordéon et l’on se met à danser [séquence 7] ; quelques ridées seulement, le reste étant des danses modernes. On ne reste pas tout le temps dans le pré, au contraire : sonneurs et danseurs vont danser au gré de leur fantaisie sur les routes, devant certains débits, etc., et ceci jusqu’au soir. Un des hommes de la noce, Ch. Le Brun nous a dit d’un ton admiratif que l’accordéoniste "joue du biniou dans l’accordéon chromatique", en fait il imite assez bien les airs du pays comme s’ils étaient joués sur un biniou tandis que d’autres sont vraiment joués comme sur un accordéon ordinaire.
Le restant de la journée nous avons dû aller à Vannes chercher l’appareil d’enregistrement. Le soir nous avons demandé si la soupe au lait avait eu lieu ; on nous a répondu qu’on l’avait préparée avec du lait, des carottes crues et de la moutarde mais que lorsque les gens d’honneur ont voulu leur porter pour qu’ils en mangent, les mariés étaient partis à Vannes… A ce propos Mme Le Gall nous raconte qu’autrefois, c’est-à-dire du temps de sa mère, la soupe au lait avait lieu au repas du soir ; les mariés s’enfuyaient pour ne pas la boire, mais comme ils étaient assis sur des fagots au lieu des bancs et échelles actuelles, ils déchiraient leurs vêtements aux fagots.