Journal du 26 aout 1939

Légende
en noir :
texte manuscrit original rédigé par J. Auboyer
en rouge (ou barré) :
corrections, par rapport au manuscrit original, portées par C. Marcel-Dubois et l’abbé Falc’hun en vue d’une publication
en vert :
informations données par l’éditeur
en bleu :
mention des photos par l’éditeur

Journée 43 / 26 août – Pont-Aven (Finistère)

  Ce matin, nous avions décidé de partir vers 10 h de Châteauneuf-du-Faou pour Pont-Aven. Il faisait un temps épouvantable et la voiture ayant eu besoin de soins et ne s’étant pas trouvée prête à l’heure dite, force nous fut de ne partir qu’après le déjeuner ; vers 11 h on vint nous avertir qu’on réquisitionnait les voitures dans la commune mais qu’on ne la prendrait pas. Une demi-heure plus tard, les gendarmes demandaient à nous parler ; ils voulaient savoir ce que nous transportions, à quoi servaient l’appareil d’enregistrement, les batteries et les autres accessoires de la mission. Pour les convaincre de nos intentions légales, nous dûmes décharger le tout et leur donner une audition des disques qu’ils désignaient. Ils nous laissèrent ensuite libres de partir mais nous ont avertis que nous aurions sûrement ces jours-ci des difficultés du même ordre à poursuivre notre travail, surtout sur le terrain car le Gouvernement interdit toute manifestation autonomiste et que le fait d’enregistrer du breton pouvait être pris pour une activité de ce genre. Notre hôtesse nous a appris à déjeuner qu’on avait en effet arrêté 9 autonomistes marquants à Morlaix et découvert un dépôt d’armes dans la même région.

En traversant Quimper nous avons appris le rappel de deux nouvelles classes. Néanmoins nous sommes décidés de tenter la chance demain de travailler à Névez que l’on nous a signalé comme présentant des particularités linguistiques intéressantes. Si nous ne pouvons continuer, nous mettrons nos notes à jour ; si nous le pouvons, nous serons le 28 à Scaër [note 24]où nous avons pris rendez-vous avec M. l’abbé Favé et M. Croissant pour la fête communale, le 30 à Surzur pour enregistrer les chants que nous n’avons pu prendre à cause de la panne de l’appareil. Nous y resterons le 31 et le 1er et nous serons le 9 septembre à Pontivy d’où, après avoir retrouvé M. G.H. Rivière nous prospecterons la frontière linguistique entre Pontivy et Vannes.


NOTE 24 de l’addendum au journal de route (qui comprend, pour les lieux où la mission s’est rendue et au fur et à mesure qu’ils sont traités dans le journal de route, les réponses aux questionnaires qui avaient été lancés avant le départ de la mission et en vue de l’établissement de son itinéraire).

24 – Scaër (Finistère)

Réponses I à III : On y danse la gavotte, le bal à deux ; elles sont accompagnées de biniou et bombarde ou d’accordéon (M. l’instituteur de Scaër, quest. 5/78 reçu le 29 juin 1939). Il y avait à Scaër un joueur de biniou qui fabriquait des anches pour toute la région ; il est mort en 1938. Les jeunes apprennent à sonner, à danser et à chanter (M. l’abbé Favé, sous-directeur des Œuvres à Quimper, quest. 5/9 reçu le 2 juin 1939). Il y a aussi un "diseur de grâces" (M. l’instituteur de Scaër, loc. cit.).

Réponses IV : Le dernier dimanche d’août, pardon de Scaër, où il y a un grand concours de costumes, des luttes, des danses au son du biniou.

Réponses V à VII : - Les noces de première classe se font surtout le mardi, les autres le mercredi ; souvent il y a jusqu’à quatre mariages le même jour.

- Parfois, à la sortie du village de la fiancée où le cortège du marié se rend, on tend des cordes en travers de la route ; ce sont en général des pauvres qui le font et ne cèdent le passage qu’après avoir reçu une légère redevance. Au porche de l’église des pauvresses tendent un ruban de soie qui barre le passage : encore une aumône.

- A l’église, on bénit du gâteau après la messe de mariage et les garçons et filles d’honneur (konduer ha konduerez) distribuent ce pain aux assistants massés dans la sacristie, pendant qu’on signe le registre. Autrefois, paraît-il (la coutume se serait maintenue dans certaines paroisses), on bénissait aussi du vin.

- Les fiancés, après avoir inscrit leurs bans à l’église, s’en vont directement au cimetière et s’y montrent l’un à l’autre les tombes de famille ; ils font une prière pour leurs défunts désormais communs.

- Au mariage d’un veuf, le charivari se fait encore parfois.

- La soubenn al laez a disparu.

- Les sabotiers de Scaër travaillent et vivent dans les "loges".

(M. l’abbé Favé, loc. cit.).

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